Comment nous intégrons le confort d’été et d’hiver dans nos rénovations
« Si j’isole bien, je n’aurai plus chaud l’été ? » On nous pose la question à presque chaque premier rendez-vous, et non, pas forcément.
Une rénovation pensée uniquement pour l’hiver peut donner un logement mieux classé, moins cher à chauffer, et pourtant en surchauffe dès les premières chaleurs. On en visite régulièrement, des combles aménagés sous une toiture qui chauffe tout l’après-midi, de grandes baies plein ouest sans protection, un appartement qui était traversant avant qu’on referme une cloison.
Notre façon de faire consiste à traiter l’été et l’hiver ensemble, dès la conception, en pensant à la manière dont vous habiterez le logement une fois le chantier terminé. Trois chantiers récents, une maison à Poisat et deux appartements à Grenoble et à Meylan, ainsi qu’un premier rendez-vous à La Tour-du-Pin, montrent comment cela se traduit concrètement.
Un bon DPE ne dit pas si vous aurez chaud en juillet
Le DPE calcule une consommation conventionnelle (chauffage, eau chaude, ventilation). Il contient aussi un indicateur de confort d’été, mais très sommaire, qui se contente de vérifier quelques éléments comme l’isolation de la toiture, les protections solaires ou le caractère traversant du logement. Il ne dira jamais ce que vous ressentirez dans votre chambre un soir de canicule.
En conception, chaque projet suivi par Anaka passe par des DPE projetés. On simule plusieurs scénarios de travaux et on compare leur effet sur l’étiquette et sur les consommations, ce qui permet de choisir entre isoler les murs, changer les menuiseries ou remplacer le chauffage en sachant ce que chaque option apporte réellement.
On ne fait pas de simulation thermique dynamique. Pour l’été, on raisonne à partir du bâti, de son orientation, de ses matériaux, et de ce qu’on a constaté sur nos chantiers une fois les logements habités.
Si vous en êtes au stade de la réflexion, c’est le bon moment pour en parler avec nous, avant que le moindre devis soit établi.
L’hiver et l’été ne demandent pas toujours la même chose
En hiver, on cherche à garder la chaleur et à profiter du soleil bas. En été, on veut l’empêcher d’entrer pendant la journée et la faire sortir pendant la nuit. Ce sont les mêmes leviers qui jouent, mais ils ne tirent pas toujours dans le même sens.
L’isolation est indispensable l’hiver, et l’été, le type d’isolant compte autant que son épaisseur, en particulier sous la toiture. L’inertie, c’est-à-dire la capacité des murs épais et des planchers lourds à stocker la chaleur, lisse les écarts de température à condition de pouvoir la décharger la nuit. Les protections solaires, volets, stores extérieurs ou brise-soleil, doivent laisser entrer le soleil d’hiver et arrêter celui d’été, si possible avant qu’il touche la vitre. La ventilation, enfin, renouvelle l’air toute l’année et permet le rafraîchissement nocturne pendant l’été.
À Grenoble, les hivers sont francs et la cuvette garde la chaleur en été. En ville, les nuits rafraîchissent peu, si bien que le rafraîchissement nocturne marche moins bien qu’en altitude ou à la campagne, et les choix faits en conception pèsent d’autant plus.
Votre logement aura-t-il chaud l’été ?
Quelques questions sur votre logement actuel, pour repérer ce qu’il faudrait regarder en priorité.
En maison, on traite toute l'enveloppe
Dans une rénovation de maison, on a la main sur tout, toiture, murs, sols, menuiseries et protections. C'est confortable pour concevoir, mais une erreur se paie sur de grandes surfaces.
La toiture, là où l'été se gagne ou se perd
Sous des rampants, la couverture chauffe toute la journée. Ce qui compte alors, c'est le déphasage, le temps que met la chaleur pour traverser l'isolant. Avec 20 cm de laine minérale, il est de l'ordre de 5 à 6 heures, si bien que la chaleur de midi arrive dans les chambres en fin d'après-midi. Avec la même épaisseur de fibre de bois, un isolant biosourcé beaucoup plus dense, on approche plutôt 10 à 12 heures, et la chaleur n'arrive qu'au milieu de la nuit, quand on peut ouvrir les fenêtres. [À VÉRIFIER : valeurs à caler sur la fiche technique de l'isolant posé à Poisat] Sous une toiture, on ne choisit donc jamais un isolant uniquement sur ses performances d'hiver.
La Tour-du-Pin, une isolation par l'extérieur qu'on a déconseillée
À La Tour-du-Pin, un couple est venu nous voir pour isoler par l'extérieur sa maison en mâchefer. Les fenêtres avaient été changées quelques années plus tôt, et ils cherchaient surtout à mieux valoriser leur patrimoine.
En regardant la maison de près, on a vu que l'ITE seule ne réglerait pas grand-chose. Les fenêtres posées à l'époque ne permettaient pas un raccord propre avec le nouvel isolant, les coffres de volets non plus, et la jonction entre les murs et la dalle du rez-de-chaussée serait restée à nu. Mis bout à bout, cela représente beaucoup de mètres linéaires par où la chaleur continue de passer. Pour le prix d'une isolation par l'extérieur, le gain en confort et en économies aurait été décevant.
On leur a conseillé autre chose, isoler le plancher bas du rez-de-chaussée et le plancher des combles. Ce sont deux grandes surfaces qui perdent beaucoup de chaleur, les travaux coûtent relativement peu, et ils peuvent les faire réaliser sans passer par un contractant général. On leur a donc déconseillé un chantier qu'on aurait pu faire. L'isolation des combles a d'ailleurs un intérêt en été, puisqu'elle limite la chaleur qui descend du toit.
Cela ne veut pas dire que l'isolation par l'extérieur est une mauvaise solution. Bien menée, avec les menuiseries et les occultations reprises en même temps, c'est même celle qui conserve le mieux l'inertie des murs. Mais isoler un seul poste sans regarder les jonctions, c'est payer cher pour un gain partiel.
Poisat, l'enveloppe d'abord
À Poisat, on a rénové une maison des années 70 de 130 m² en quatre mois. Les murs et les rampants ont été isolés en laine de bois, les combles perdus en ouate de cellulose soufflée, et le séjour du rez-de-chaussée a été ouvert pour devenir traversant. Le projet a été lauréat du Palmarès (Ré)HABITER de l'ANAH.

À l'étage, on a créé un séjour cathédrale éclairé par deux Velux. Une pièce sous les rampants avec des fenêtres de toit, c'est typiquement celle qui devient intenable en juillet. Les Velux ont donc été équipés de volets roulants extérieurs, qui arrêtent le soleil avant qu'il touche la vitre et permettent de garder la lumière sans transformer la pièce en serre.
Les propriétaires ont choisi une pompe à chaleur gainable basse température, à faible débit, et ont voulu pouvoir régler les pièces séparément. Après l'été, ils nous ont dit s'y sentir bien, sans les inconvénients qu'ils associaient à la climatisation. Sans instrumentation, on ne peut pas dire ce qui revient à l'enveloppe et ce qui revient à l'équipement, mais on sait qu'ils ont été choisis ensemble.
En appartement, on compose avec la copropriété
Dans une rénovation d'appartement, une partie des leviers ne dépend pas de vous. L'isolation par l'extérieur ne se décide pas pour un seul lot, les volets et les stores sont soumis au règlement de copropriété, et la toiture est commune. On cherche donc ailleurs. Un dernier étage, qui prend la chaleur du toit en plus de celle des façades, demande aussi plus d'attention qu'un étage courant.
Isoler par l'intérieur, et compenser l'été
Dans l'ancien, on isole presque toujours par l'intérieur. Le gain en hiver est net. En été, l'isolant sépare les pièces de la masse des murs épais, qui régulent alors moins bien la température. Il faut quand même isoler, mais il faut aussi aller chercher le confort d'été par d'autres moyens.
Redistribuer en pensant à l'air
En appartement, le plan est le levier qu'on sous-estime le plus. Un logement traversant, ouvert sur deux façades opposées, se ventile tout seul la nuit. À l'inverse, une cloison mal placée lors d'un réaménagement peut supprimer ce courant d'air sans que personne ne s'en aperçoive sur plan.
Deux appartements rendus traversants, deux choix différents
À Grenoble, Laurent nous a confié son appartement haussmannien de 64 m² au troisième étage. En redistribuant toutes les pièces, on l'a rendu traversant. Toute l'enveloppe a été doublée et les menuiseries changées. Laurent a choisi une pompe à chaleur gainable pour chauffer et rafraîchir, réglée pour l'ensemble de l'appartement, ce qui se justifie dans un logement compact. Les diffuseurs sont cachés dans un plénum habillé de moulures, dans l'esprit de l'immeuble. Il a passé un été entier dedans sans avoir chaud, avec des températures stables et sans les désagréments d'une clim classique.
À Meylan, Elisabeth et Jean-Pierre avaient hérité d'un T3 de 70 m² dans un immeuble de 1966 et voulaient le louer. L'appartement était très cloisonné, avec une cuisine fermée et sombre. On l'a réagencé pour l'ouvrir et le rendre traversant, avec une porte-verrière sur mesure entre la cuisine et le séjour qui laisse passer la lumière et l'air. L'isolation intérieure, les menuiseries, la VMC hygroréglable et les radiateurs ont été refaits, mais aucun système de rafraîchissement n'a été installé.
Pour un appartement destiné à la location, ce choix venait du budget, et on l'a intégré dès la conception en travaillant le plan pour gagner en confort sans équipement. Les locataires ne nous ont fait aucun retour particulier, ni positif ni négatif, donc on ne prétendra pas que l'été y est parfait. On peut seulement dire que l'appartement a été conçu pour s'en passer.
Dans les deux cas, la décision de plan était la même. Ce qui a changé, c'est l'équipement, selon le projet et le budget de chacun.
Ce que chaque levier change, selon votre logement
| Levier | Ce que ça implique | Hiver | Été |
|---|
Effet sur le confort, de nul à fort. Repères qualitatifs, à confirmer sur chaque logement.
Climatisation ou pas, on simule et vous décidez
Sur ces trois logements, deux ont une pompe à chaleur gainable et le troisième n'a rien pour rafraîchir. On n'a pas de position de principe sur la climatisation. On simule les solutions possibles, on vous expose ce que chacune apporte et ce qu'elle coûte, et le choix vous revient.
On regarde le prix d'installation, la place nécessaire pour l'intégrer (un gainable a besoin d'un faux plafond ou d'un plénum, donc d'un peu de hauteur), l'emplacement de l'unité extérieure et ce qu'en dit la copropriété, le bruit, l'entretien et la consommation. Un gainable basse température à faible débit diffuse l'air en douceur et se fait oublier dans les plafonds. Un split mural est plus simple à poser, mais il reste visible et souffle plus directement.
Dans nos trois exemples, le plan et l'enveloppe ont été travaillés pour l'été avant qu'on parle d'équipement. À Meylan, on s'en est tenu là, alors qu'à Grenoble et à Poisat la PAC est venue en complément.
La ventilation, l'erreur qu'on rattrape le plus souvent
Quand on reprend un logement rénové il y a quelques années, c'est presque toujours la ventilation qui pose problème. Les fenêtres ont été changées, l'isolation posée, mais aucune VMC n'a été installée. Le logement est devenu étanche et l'air ne se renouvelle plus.
En hiver, l'humidité s'accumule, avec de la condensation sur les vitres et des moisissures dans les angles. En été, l'air reste lourd et on a l'impression d'étouffer même quand la température n'est pas si élevée.
Notre conseil : dans une rénovation énergétique, dès qu'on rend un logement plus étanche, on traite la ventilation en même temps. Changer les fenêtres sans prévoir de VMC revient à déplacer le problème.
Ce qu'on vous explique à la livraison
Un logement bien conçu peut rester inconfortable si on l'utilise mal. Une PAC réglée trop bas, des volets ouverts au soleil en plein midi, une VMC coupée parce qu'on la trouve bruyante, on voit ces situations régulièrement.
À la livraison, on fait avec vous une réception des équipements. On vous les montre, vous les manipulez, on vous explique les réglages. On vous remet ensuite un carnet d'entretien de près de 80 pages, avec une fiche par ouvrage qui détaille ce qui a été posé chez vous, l'entretien à prévoir, les signes qui doivent alerter, qui appeler selon le problème, et les gestes à faire au fil des saisons.
Pour l'été, quelques réflexes suffisent. Fermer les volets côté soleil dans la journée, ouvrir grand la nuit si le logement est traversant, régler la PAC en mode froid sans viser trop bas, et ne jamais couper la VMC.
À Meylan par exemple, la porte-verrière peut se fermer quand on cuisine, mais les nuits d'été il vaut mieux la laisser ouverte pour que l'air passe d'une façade à l'autre. Si personne ne le dit à l'occupant, il ne le devine pas forcément.
Avant de signer, quatre questions à poser
Quel que soit le professionnel que vous consultez, ces quatre questions permettent de vérifier que l'été a été pris en compte.
- Comment mon logement se comportera-t-il en été après les travaux, et sur quoi repose votre réponse ?
- Pourquoi cet isolant-là, sous la toiture ou en doublage ?
- Comment l'air sera-t-il renouvelé une fois les fenêtres changées ?
- Que me remettrez-vous à la réception pour savoir utiliser mes équipements ?
Si les réponses sont précises et viennent sans hésitation, le sujet a été travaillé. Si elles restent vagues, il est encore temps de le reprendre en conception, et vous pouvez aussi nous les poser.


















Grenoble - Episode 3 - Fin des travaux de maçonnerie
Anaka 06/05/2025 17:02